Un
jour Bacchus ayant vu que Silène Dormait profondément, prit sa
coupe, et sans gêne, Dans le cellier, à
l'aise il s'attabla, Près d'une amphore
pleine Où reposait un vieux vin, qu'avec peine Son ami conservait
pour des jours de gala. Il but pendant le
triple du dixième Du temps qu'à boire seul Silène
eût employé Pour vider l'amphore elle-même ; Mais Silène survient, et son chagrin extrême Dans le reste du
vin est aussitôt noyé. Quand l'amphore fut
vide, Avec regret Bacchus vit que sa
part Du précieux liquide N'avait été que tout juste le
quart De celle de Silène. Si, tout d'abord, d'une commune
haleine, Chacun buvant à sa
façon, Ils s'étaient réunis, ils auraient mis, dit-on, Huit quarts d'heure de moins
pour épuiser l'amphore. Comment l'a-t-on su
? Je l'ignore. On veut, d'après cela, trouver exactement Le temps que chacun
d'eux eût mis séparément, Si, buvant seul, de la même manière, Il avait mis à sec l'amphore tout entière.
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